Bipolarité et acceptation

Aujourd’hui, j’ai beaucoup de choses à écrire concernant ma maladie.

Il fut un temps où je ne savais pas que j’étais atteinte de cette maladie. Même si j’avais des crises d’insomnie successives et après lesquelles je n’étais pas fatiguée ou des phases dépressives importantes, j’avais quand même des périodes où tout allait bien.

C’était des périodes où j’étais comme tout le monde. Dodo la nuit, active le jour, travaillant et faisant divers job et capable aussi de voir mes amis le soir ou les week-end…

Mais cela me semble loin maintenant. Ok, il a eu prise de drogues pendant longtemps et je suis quand même un cas pour les psychiatres car je souffre d’un double diagnostic: bipolaire et dépendante.

Ok, à ce jour, je suis abstinente mais je réalise que j’ai sacrément foutu en l’air mon cerveau et que j’ai aggravé ma bipolarité.

Je me souviens de ce que ma psychiatre à Paris me disait:

Mademoiselle, vous ne pouvez même pas vous permettre un verre de vin car c’est toxique pour votre cerveau ! 

Et moi, je buvais à outrance de l’alcool en fumant des joints le week-end avec des amis. En gros, comme beaucoup de gens. Et, j’ai connu des soucis avec d’autres drogues aussi mais j’étais loin de la réalité: les toxiques aggravaient justement mon trouble bipolaire.

Bref. Et aujourd’hui ? Ben aujourd’hui, je suis clean mais il faudra attendre encore un peu de temps pour que mon cerveau « se répare ».

Eh oui !

Mais je crois que le nœud du problème au moment où j’écris ces lignes, c’est que justement si j’ai accepté que les drogues sont toxiques pour moi, je n’accepte pas le fait que je suis bipolaire.

C’est difficile d’accepter que je ne fonctionne pas comme monsieur, madame tout le monde. Difficile de devoir prendre des médicaments tout en sachant que cette maladie est inguérissable. Difficile de me dire que l’on peut juste la stabiliser pour mener une vie presque normale.

Enfin, bref… Je ne vois que les côtés négatifs en ce moment alors que je devrais me dire que j’ai de la chance de ne pas déambuler dans un hôpital psychiatrique comme cela a été le cas de nombreuses fois par le passé.

Ce qui est difficile aussi dans cette maladie, c’est que je porte l’étiquette de maniaco-dépressive. Sur Facebook, on s’est déjà foutu de ma gueule avec cette maladie. Et cela ne fait plaisir à personne. En tout cas, pas à moi.

Est-ce que l’on rit au nez d’un diabétique ? Est-ce que l’on rit au nez d’une personne atteinte d’une maladie incurable ?

Alors, on peut dire oui mais c’est une maladie psychiatrique, c’est une maladie qui rend fou ! 

Je me souviens que lors d’une hospitalisation, je participais à une activité qui était un groupe de paroles. Dans le service psychiatrique où je me trouvais, il y avait des gens atteint d’alcoolisme ou de dépression nerveuse mais qui n’avaient jamais été confronté au fait d’être placée en psychiatrie.

Lors des échanges, une femme a dit un truc du genre: oui mais c’est pas comme le schizophrène qui tue quelqu’un dehors.

Bref. Schizophrénie = psychopathe. Très réducteur parce qu’il existe des millions de schizophrènes qui sont stables et doux comme des anneaux.

J’en connais justement ! Donc, ça me met en colère quand j’entends des propos pareils.

La psychiatrie a toujours été mal vue et il y avait toujours  » le fou du village ». Mais, la psychiatrie a aussi évoluée et aujourd’hui, on comprend mieux et l’on gère mieux les pathologies psychiatriques.

Saviez-vous que Baudelaire était bipolaire ? C’est ce qui lui donnait probablement cette sensibilité à écrire des textes et des poèmes qui ont fait de lui un écrivain que l’on n’a pas oublié.

Bon. J’en reviens à moi et au pourquoi de cet article.

Je n’accepte pas ma maladie (comme je le croyais encore ce matin) car je n’accepte pas la place qu’elle prend dans ma vie et l’obligation d’avoir un traitement médical qui a ses effets secondaires (comme je l’ai rédigé dans l’article « traitement et fatigue« ).

En  fait, je me sens anormale. J’ai l’impression que depuis bien longtemps, je ne fais plus partie du commun des mortels. J’ai l’impression à ce jour que je ne serai plus jamais capable de travailler.

Une petite voix me souffle: c’est faux, Najia. Tu as juste besoin de temps en ce moment pour te stabiliser. De temps pour aller vers un mieux.

Peut-être mais je vois déjà cette journée comme celle d’hier et celle d’avant hier: fatiguée. Fatiguée de vivre. Fatiguée d’être fatiguée en fait. C’est surtout ça.

Je suis fatiguée. C’est peut-être cela qui joue sur mon moral ? Ou c’est peut-être le fait que je n’arrive pas à faire le deuil de la fille joyeuse et active du passé qui (par moment) réussissait à mordre la vie à pleine dent ?

Je ne sais pas. Je sais juste qu’aujourd’hui, j’en ai marre de vivre avec cette maladie.

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