Pensées d'une vénusienne

Un petit acte qui fait du bien

J’ai vécu à la rue les dernières années de ma vie à Paris (c’est d’ailleurs un très mauvais souvenir). Du coup, quand je vois un SDF, je repense à cette période et bien sûr, j’aimerais poser un petit acte.

Mais le souci est que de nombreux SDF sont aussi des toxicomanes. En tout cas, c’est comme ça dans ma ville natale et je ne prétends pas non plus que c’est ainsi partout.

Je vis en Belgique et le système d’aide social est très performant. Au point que c’est l’un des meilleurs du monde (sans oublier la sécurité sociale qui vient en deuxième classe dans le monde…).

Bref, la Belgique a ce que l’on appelle le CPAS. Qui veut dire: Centre Publique d’aide Social.
Cela existe aussi dans d’autres pays mais ce qui est confortable avec le CPAS est le revenu de base (genre 900 euros par mois pour une personne isolée) qui permet de sortir la tête hors de l’eau pour vivre.

Evidemment, ce n’est pas non plus du luxe mais pour avoir un logement et quand même se nourrir… Cela évite vraiment de vivre à la rue et je suis passée par là quand je suis revenue de Paris. Cela m’a énormément aidé.

En plus, avec le CPAS, vous pouvez avancer la caution pour un logement car ils peuvent vous prêter l’argent que vous remboursez tous les mois par prélèvement. Très pratique quand on n’a rien et qu’on a besoin de se loger.

Sans oublier qu’ils proposent aussi de donner une somme de 1000 euros pour acheter des meubles. Mais ça, je crois que c’est une fois dans la vie pour chaque personne qui passe par le CPAS. En gros: énorme !

C’est grâce à toutes ces aides que j’ai pu trouver un logement, payer la caution, acheter des meubles (suffit d’en trouver d’occasions et on meuble son petit studio) quand je suis revenue de France.

Je dis: merci la Belgique, mon pays natal. Parce que c’est loin d’être comme ça dans le monde.

Je ne sais pas si c’est ainsi dans d’autres pays (et j’attends vos commentaires à ce sujet) mais même les SDF peuvent bénéficier d’un revenu d’intégration sociale qu’ils retirent deux fois par mois à la caisse du CPAS. Ils peuvent avoir environ 800 à 900 euros et même être suivi par une assistante sociale pour les aider à sortir de la rue.

Moi, j’ai eu beaucoup de chances car je suis retournée au domicile maternel et j’ai pu faire mes démarches avec ma mère pour trouver un logement et être aidée par le CPAS pour rebondir.

Cependant, je continue de voir des SDF à Liège (ma ville natale) et je ne donne pas d’argent parce que je sais que ce sont des toxicomanes. Je ne veux pas être en partie actrice de leurs auto-destructions.

Mais, je tombe aussi sur des SDF qui n’ont pas toujours les capacités à se faire aider par le CPAS (pour quelles raisons, je ne sais pas) et là, je leur offre de quoi manger quand je le peux.

Acheter de la nourriture ou offrir ne fut-ce qu’une bouteille d’eau, oui, parce que ce sont les éléments importants dont le corps a besoin.

C’est après cette longue explication que j’en arrive à un petit acte que j’ai posé mais qui m’a fait du bien, autant qu’à la personne pour qui j’ai posé cet acte.

Voici donc la petite anecdote:

Je vais à la banque et je pousse un petit cri de joie (heu… petit ? je ne sais pas lol) car je viens de toucher et je suis confortable sur mon compte bancaire.

Puis, je me retourne et là, je vois un homme assis par terre derrière une machine. Subitement, je me dis eh ben, moi qui crie de joie alors que d’autres sont à la rue !

Cela me renvoie à ma propre histoire. Et, je décide d’aller trouver cet homme pour lui donner 2 euros.

Il me regarde, prêt à refuser, et est sur le point de fondre en larmes. Mais, j’insiste et il les prend en me disant mille merci. Bien sûr, je reste stupéfaite de sa réaction. Seulement 2 euros et il est sur le point de fondre en larmes.

Je comprends dans le fond qu’il n’y a pas grand monde qui le regarde ou lui donne une petite pièce. Puis, je regarde le temps qu’il fait dehors et il neige. Pas top le froid et la neige quand on est SDF.

C’est là que je prends une décision. Je vais à un snack libanais que je connais bien (c’est l’un de mes préférés) et je vais acheter deux sandwichs. J’en parle avec le vendeur qui prépare les sandwichs (un homme très sympa). Et je le vois en train de cuire des frites. Quand tout est prêt, il m’indique qu’il a ajouté des frites de sa part pour cet homme (avec le sandwich au poulet que je lui avais pris) et il me donne aussi deux desserts.

Je retourne à la banque en espérant le trouver toujours là. Avec le temps (froid, vent et neige), il n’avait pas bougé.

Je m’installe près de lui et lui tend le sandwich ainsi que les frites et son dessert. Là, rebelote… il fond en larmes et reste stupéfait. Je reste de nouveau étonnée car pour moi, acheter un truc à manger pour quelqu’un n’est vraiment pas grand chose.

Mais dans cette anecdote, ce qui m’a touché, c’est cet homme qui fondait presque en larmes devant un peu de générosité.

Quant à moi, j’ai été contente d’avoir pu poser cet acte. Comme d’autres l’ont fait pour moi quand j’étais moi-même SDF à Paris. C’est simplement un juste retour des choses. Dire merci à l’univers parce qu’aujourd’hui, j’ai un logement, de quoi manger et de quoi vivre en général.

C’est là que les petits problèmes de la vie me semblent être loin. J’en reviens à ce qui me fait plaisir dans ma vie: partager.

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